DEVELOPPEMENT FO

Lors de sa création, en 1947, Léon Jouhaux et Robert Bothereau n'ont pas réussi à attirer la majorité du syndicat. La nouvelle organisation est particulièrement peu représentée dans le secteur privé.

La seconde époque de FO est marquée par le long mandat d'André Bergeron, qui érige en pratique constante la négociation contractuelle, marquant une grande défiance envers la CGT. Bien que membre du Parti socialiste, André Bergeron entretient des rapports cordiaux avec les gouvernements gaullistes. Interlocuteur privilégié du pouvoir exécutif et des employeurs, FO joue un rôle modérateur pendant la crise de Mai 68. Elle s'oppose aux communistes comme au projet d'autogestion porté par la CFDT. Elle se montre également sceptique par rapport à l'Union de la gauche et à son Programme commun.

Pour revenir sur le terrain politique et sur le thème de l'indépendance, il est clair qu'il y avait un danger qui guettait FO dès sa naissance, à savoir sa dépendance à l'égard du parti socialiste (SFIO). Il aurait pu se faire en effet qu'à la fin des années quarante et dans les années cinquante, FO tombe sous la coupe de la SFIO, comme la CGT était sous la coupe du PCF, c'est-à-dire de Moscou, et la CFTC sous la coupe du MRP, c'est-à-dire du Vatican. Cela aurait été en un sens dans la malheureuse logique des choses.

Même s'il y a eu des ambiguïtés, d'inévitables compromissions, cela ne s'est pas réalisé. D'abord, et c'est l'essentiel, parce qu'il y avait la tradition de la Charte d'Amiens et de la vieille CGT, et cela comptait énormément, et notamment dans l'esprit des militants, à la base ou au sommet, qui ont fondé FO.

Deux autres facteurs ont compté. D'abord le gaullisme, qui, installé au pouvoir, a annihilé la SFIO. Ensuite (mais c'est la suite logique) le Congrès socialiste d'Epinay, en 1971, qui a mis fin à la SFIO, fondé le "PS", et a amené à la direction du PS "modernisé" des hommes de gauche n'ayant rien à voir avec la tradition socialiste mais partageant plutôt les valeurs de la CFTC, devenue CFDT en 1964.

La fin des années soixante et les années soixante-dix vont accentuer encore l'indépendance et l'originalité de FO dans le "paysage" syndical français et européen.

En 1969 FO appelle à voter "non" au référendum proposé par De Gaulle. Ce référendum avait un double objectif : la mise en œuvre de la régionalisation et la création d'un Sénat corporatiste, associant dans une même Chambre les représentants des "intérêts économiques", c'est-à-dire patronat et syndicats, comme c'était le cas dans la "Charte du Travail" du régime de Vichy.

En 1972 FO refuse d'entrer, comme le font la CGT et la CFDT, dans le cadre de l'Union de la Gauche, scellée autour du fameux "Programme commun". Le syndicalisme ne saurait aliéner son indépendance dans la poursuite d'objectifs politiques.

En 1981, FO n'entre pas au gouvernement, et refuse tout organe de liaison institué avec le gouvernement de gauche. FO maintient les revendications et refuse, en 1982, d'accepter l'austérité au nom des intérêts supérieurs de la gauche au pouvoir.

L'indépendance de FO est dès lors éclatante, autant que la compromission parallèle de la CGT, toujours soumise étroitement aux impératifs politiques du PC, qui est alors au gouvernement, de la CFDT (dont les dirigeants peuplent les ministères) et de la FEN (dont le dirigeant E. Henry est nommé "ministre du temps libre"…, faisant un mal incalculable aux enseignants). Après la victoire de la gauche en 1981, FO se présente comme un syndicat indépendant du pouvoir en dénonçant l'alignement de la CGT sur le PCF et celui de la CFDT sur la ligne des gouvernements socialistes.

En 1984, le syndicalisme enseignant à FO, jusqu'alors quasiment inexistant depuis 1948, se développe après le passage de militants venus de syndicats de la FEN qui appartiennent notamment à la tendance EE-FUO, réputée proche du parti des travailleurs, et dont le plus connu est Jean-Jacques Marie.

Lorsque Bergeron se retire en 1989, son dauphin Claude Pitous est battu par Marc Blondel qui devient le nouveau secrétaire général.

Blondel engage FO sur une voie plus combative, marquée notamment par le conflit de 1995 contre le plan Juppé et une symbolique poignée de main avec Louis Viannet, secrétaire général de la CGT.

À l'origine, au plan syndical, de la création de nombreuses structures de protection sociale collective (UNEDIC - Retraites complémentaires notamment), Force ouvrière, a toujours considéré que la pratique contractuelle était un outil important pour construire et développer des droits collectifs à tous les niveaux (interprofessionnel - branches d'activité - entreprises). En ce sens, elle revendique avoir toujours combattu le tout État comme le tout marché.

Son objectif est de défendre le service public et la sécurité sociale comme des structures assurant des droits égaux aux citoyens en cohérence avec les valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité, laïcité). Cela explique le combat mené en 1995 contre l'étatisation de la sécurité sociale ou les conflits avec le patronat sur la refondation sociale, qui était considéré comme la livraison au marché de toutes les structures collectives et solidaires.

FO perd, suite à ce conflit, la présidence de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), après avoir déjà perdue celle de l'UNEDIC, dont hérite la CFDT. En 1998, un certain nombre de militants de Force Ouvrière, en désaccord avec la ligne radicale suivie par la confédération, décident de rejoindre l'UNSA sous la conduite, notamment, de Jacques Mairé et Jean Grosset, respectivement secrétaire général et secrétaire général adjoint de l'union départementale de Paris.

FO s'engage en 2003 contre la loi Fillon sur les retraites et en appelle à la grêve générale, grève ignorée par le gouvernement et les médias de masse.

En février 2004, Jean-Claude Mailly, succède à Marc Blondel à la tête du syndicat.

FORCE OUVRIERE, LE SYNDICAT DES PERSONNELS PENITENTIAIRES

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